Radio Albatros

Tribu Nougaro : Oh encore Monsieur !

Dans une ambiance piano-bar toute en lumières, deux musiciens nous accueillent et attendent la vedette qui arrive en fredonnant. Et c’est parti pour notre bonheur ! C’est un festival dans le festival ! De sa voix chaude et puissante, Laurent Malot nous enchante en reprenant et s’appropriant le répertoire de Claude Nougaro. Oh pas tout ! Bien entendu ! Ce serait trop long ! Mais onze titres malgré tout et pas que des plus connus, mais phares, ainsi que deux pots-pourris pas pourris du tout. Evidemment ! Ses comparses maîtrisent à merveille piano, accordéon, contrebasse, cuivres et autres percussions. Notre chanteur dialogue avec l’auteur en voix off et comme lui donne l’énergie et la force ou la tendresse et la douceur. Avec ces trois talents, ce grand toulousain revit et nous touche à nouveau au plus profond de nous. Il ne vous reste que deux soirées pour découvrir vous-même ( c’est encore meilleur ) les titres non dévoilés ! C’est un moment beau et fort. Merci à l’artiste qui nous a transporté ! Il a aussi ses propres oeuvres en CD en vente à la sortie. Nous aurons l’occasion d’en parler sur notre antenne à la rentrée.

C’est encore les 17 et 24 juillet , à 16h30, à L’Arrache-coeur théâtre, salle Moustaki.

Gisèle Bihan
Radio Albatros, Avignon 2019.

Oum Pa Pa : le charme discret de la poésie…

Trois musiciennes s’accordent sur scène (2 flûtes traversières et un violon alto), se concertent, se font des niches, pouffent parfois pendant que s’installe le public. Quelques gammes, des exercises d’assouplissement, des étirements, noir progressif dans la salle, les fofolles se précipitent vers des tabourets rangés à cour, le spectacle commence… Quand la lumière inonde la scène, rampe une quatrième instrumentiste, un accordéon sur le dos, comme un escargot. De fait, tout le spectacle va tourner autour de ce piano à bretelles (appelé aussi le zinzin, le boutonneux, la boîte du diable, la boîte à chagrins, le dépliant, etc.) qui véhicule malgré lui toute une salve de préjugés : “Tu joues souvent dans le métro ? Et ça s’enseigne au conservatoire ? Tu connais “Mon amant de la Saint Jean” ? Tu arrives à en vivre ?” (les artistes de toutes disciplines se reconnaîtront dans cette dernière question récurrente…) Pourtant l’instrument ne se cantonne pas au 3/4 du muzette : oum-pa-pa, oum-pa-pa… Petite démonstration avec notre quatuor : extraits de Carmen, danse macabre de Saint-Saëns, du Korsakov, du Tchaïkovsky, le tout joué avec dextérité et en acoustique va sans dire. Nous sommes plus proches du concert théâtralisé que du spectacle musical. Dans une habile et respectueuse réécriture arrangée pour quatre voix, s’enchaînent des tableaux chorégraphiés, chantonnés ou mimés. Embarqués sur l’océan (composition signée de nos interprètes : vent – soufflet de l’accordéon – longue vue et mat du bateau – les flûtes – coque qui grince, cri des mouettes, tempête – archer sur la caisse du violon), nous arrivons tout droit en Argentine pour y retrouvrer Piazzola et le tango… Pas un temps mort dans cette aventure onirique, inventive, faite de surprises et d’énergie débordante. Quand meurent au ralenti les dernières notes d’une petite boîte à musique, lentement les corps vont jusqu’à se figer dans le noir : aurions-nous rêvé ? Jeunes, belles, pétillantes, pleines de talent et de savoir-faire, ces quatre-là nous plongent dans un imaginaire délicat, éveillant nos âmes d’enfants au langage universel. Tous les jours à l’Espace Saint Martial à 16 h 20, relâche les 17, 21 et 24. Attention : petite jauge, réservation plus que conseillée.

Didier Blons,
Radio Albatros, Avignon 2019.

Rock’n Drôle : comédie chantée…

On vient moins à ce spectacle pour les qualités de chanteuse de Cécile Laurençon que pour son espièglerie ravageuse (on passe un sacré bon moment), ses textes qui paraissent décontractés mais se révèlent pleins de petites trouvailles : “Plus con comme la Mayenne”. De rock, il n’y en a point ! Elle parle d’elle, se vit en rock-star dans sa robe à poix, fantasme sur ses amours, parle de son pays, Niort : “Dans le marais poitevin, il pleut un jour sur un, ya qu’une seule saison, l’automne, il pleut plus qu’en Bretagne”. Bousculée par la vie comme chacun, le personnage se débat, souvent secouru par son pianiste (Damien Joëts, également comédien et chanteur) qui fait ce qu’il peut pour ramener cette fausse diva à la réalité. Oui, mais elle plane, continue de réver, n’entend rien des conseils et veut mener la danse : “Je fais ce que je veux, c’est mon spectacle”. Le personnage est attachant et on rit beaucoup. Entre deux chansons à sketchs dont les thèmes évoquent “Félicie aussi”, “Je n’suis pas bien portant” ou “Tel qu’il est il me plaît” (je préfère donner des pistes que dévoiler le spectacle), Cécile Laurençon livre ses sentiments et glisse des chansons poétiques d’autant plus fortes qu’elles sont inattendues : “J’aimerais demander aux hommes”, “Tu continues à me mettre sous clé”. Autres surprises, ces tubes détournés : “New York New York” devient “A Niort à Niort” et le titre phare de Bagdad Café “A Niort, en Charente-Poitou, pays du Chabichou…” Personnage pittoresque, attachant elle donne de sa personne tous les jours au Sham’s Théâtre à 13 h, relâche les 15 et 22. 

Didier Blons,
Radio Albatros, Avignon 2019.

Caroline Loeb : bonjour noblesse…

“On ne sait jamais ce que le passé nous réserve”… Pour le présent, après avoir découvert les textes de ses chansons, Caroline Loeb chante la suite de “Françoise par Sagan”. Cela nous vaut la sortie d’un album de 12 titres et “Bye-bye tritesse”, entre tour de chant et théâtre musical. Facétieuse dans sa robe fourreau noire à traîne, elle salue ses musiciens d’un “Bonjour les garçons”. C’est qu’il faut la suivre, Caroline. Fascinée ou inspirée par la démesure de certaines femmes (on se souvient de son seule en scène sur le thème de George Sand), elle trace sa vie comme Sagan, à “plus de 100 à l’heure” : chanteuse, comédienne, chroniqueuse radio/télé, écrivain, metteuse en scène, ouf ! pardon, j’en oublie… Entre les chansons, sur le ton de la confidence, le bon mot toujours en embuscade, elle raconte son enfance à New York (magnifique descriptif sur une musique pop à la manière d’un Ferré époque Zoo), son voyage à Moscou en classe bilingue avec un professeur inconnu à l’époque, Frédéric Mitterrand, sa rencontre avec l’opéra. Elle décrit les années 80, le disco, le Palace et ses fêtes, son déjeûner à l’Elysée placée entre un “Tonton” gouailleur et Jacques Attali, ses galas et, comment faire l’impasse ? “La ouate” ! Bonne joueuse et toujours second degré, elle nous en donnera 13 secondes, pas une de plus, et chacun de comprendre, sourire et admettre que la plaisanterie n’a qu’un temps… Plus sérieux, elle dit et chante les malentendus entre le public et les artistes, se donne sans compter (“Je ne sais pas compter, sauf les baiser”), évoque Toulon (“C’est toujours sur le fil et jamais dans la poche”), raconte Sagan “accro” aux anti-douleurs après son terrible accident. Loeb, elle, semble plutôt “accro” au travail. Elle a écrit ce spectacle mais aussi fait appel à d’autres plumes (Pascal Mary ou Pierre Grillet pour ne citer qu’eux), s’entourant de musiciens naviguant entre jazz et pop. Stéphane Corbin au clavier signe des arrangements délicats ; Benjamin Corbeil joue sensuellement du balai (les amateurs différenciant batteur-boum-boum et musicien comprendront) et Yorfela au son raffiné, glisse de son manche de basse à des arpèges de guitare sans heurts. Une pointe d’humour (et donc d’auto-dérision), une pincée de légéreté, un plein de poésie, des luminières inspirées (Thomas Jacquemart), une mise en scène lumineuse (Stéphane Druet), pour ne pas manquer cette délectable “petite musique de Loeb”, rendez-vous tous les jours au  Théâtre de La Luna à 14 h 40, sans relâche. 

Didier Blons,
Radio Albatros, Avignon 2019.

Movie show : Un monde merveilleux

Dans l’ombre des coulisses d’un tournage de cinéma, une accessoiriste, ignorée par l’équipe, a l’occasion de réaliser un rêve. Jouer pendant la pause-déjeuner ! Elle crée son lieu et, Clap, elle va se lâcher. Elle connaît tellement bien tous les rôles ! Sous nos yeux ébahis, elle mime son entrée en scène. Nous reconnaissons ce décor imagé. Un fond musical sonore l’accompagne. De ” Rabbi Jacob ” à ” Mission impossible “, des personnages sortent d’une malle à costumes. Un support vidéo anime des passages où nous découvrons sa voix de soprano. Valérie Gaillard a un talent complet de comédienne ( pantomime, chant, danse, clown, jeu ). Tout est juste et bien mené. Bon sang ne saurait mentir ! Nous entrons dans son monde merveilleux dont la mise en scène est précise et pointue. Tout est pensé dans un minutage de changement de costumes tous plus beaux les uns que les autres. Les tableaux vont de films d’aventure ou de science fiction ( 2001 Odyssée de l’espace, ET, Star wars…) vers le cinéma italien ( Le plus grand cirque du monde sur la musique de Nino Rota ) ou les classiques français ( Battements de coeur avec Danielle Darrieux ), en passant par ceux destinés aux enfants grands et petits ( Mary Poppins ). Elle nous entraîne jusqu’aux comédies musicales et autres revues ( New York et West side story ), où elle éblouit de plumes et paillettes. Comme Charlie Chaplin l’a dit, ” L’obstination est le chemin de la réussite “. Valérie Gaillard réussit son show pour notre bonheur. 

C’est au Sham’s théâtre, à 11h30, jusqu’au 28 juillet, sauf les lundis.

Gisèle Bihan,
Radio Albatros, Avignon 2019.

“J’ai mangé du Jacques” : succulent !

Nous avions beaucoup aimé Raphaël Callendreau dans “Naturellement belle”, son travail sur “Les Divala-la” ou “Casino”. Chanteur, comédien, auteur, compositeur, excellent pianiste-arrangeur, cet artiste polyvalent et fantaisiste nous réserve toujours de savoureuses surprises. Cette fois, il retrouve une ancienne complice, Julie Autissier, comédienne pétillante et chanteuse de haute volée qui nous offre une version de “Orly” de Brel à couper le souffle. Ces deux-là ont décidé de “cuisiner” toute une gamme de Jacques : Les Frères, Dutronc, Brel, Offenbach, Higelin, Tati, Pills et d’autres encore glissés entre jeux de mots et astuces : “C’est un grand pré vert”, “J’ai soif : un demi Jacques !”, “Jacques, t’es là quand ?” Il y a les références cinématographiques (“I’m flying, Jack” – Titanic), enfantines (“Jacques a dit”), chantées (“Trace la route, Jack” – Ray Charles), télévisuelles (L’école des fans – Martin) et d’archives comme cette interview surréaliste entre Jacqueline Joubert et Jacques Douai interprétant “Colchique dans les prés”. Outre le mariage savoureux de leurs voix, il y a la simplicité (ni vocoder, ni effets parasites) et l’efficacité de leurs arrangements. Multi-instrumentistes, ils composent des versions originales (“Fais pas ci fais pas ça”), décalées et second degré (“Comme d’habitude” jouée en bossa primesautière et dérapant en salsa), d’autres instruments que le piano : guitare, kalimba (pour un doux “Paris s’éveille”), mélodica, flûte et association inattendue, une derbouka et un triangle. Quelques Jacques sont moins connus du grand public. Ainsi, quand ils interprètent “Une petite fille en pleurs” de Nougaro dans une suite d’halètements, les spectateurs cherchent le lien. Il viendra après le salut final avec une feuille distribuée à la sortie du public. Ainsi, nous découvrirons tous les “Jacques” auteurs ou compositeurs cachés derrière certains succès. On mange du Jacques tous les jours au Théâtre du Centre à 21 h 30, relâche les 17 et 24. Prudence, comme il y a foule, il semble judicieux de réserver au 06 64 91 55 67.

Didier Blons,
Radio Albatros, Avignon 2019.

Garance : La parole franche ! 

Assise sur un bord de scène à notre entrée, Garance nous accueille en observant. Elle va nous raconter en textes théâtralisés et chansons des histoires de femmes. Un fil bleu à ne pas perdre les lie entre elles. C’est celui de l’amour. C’est un combat contre l’échec et la violence subie chez ces femmes. C’est le chemin vers la liberté et l’indépendance. Mais faut-il être seule pour être libre ? Un amour est-il synonyme de dépendance ? Grandir rend-il incompatible la relation mère-fille ? Notre artiste choisit de ” Parler plutôt que de se manger ! “. Se taire c’est se terrer et disparaître. Le dialogue amène une sérénité. Garance s’adresse à nous pour établir un échange de paroles afin que rien ne reste pareil. Elle veut bouger les lignes de l’individualisme. Sa voix peut être douce ou puissante et révoltée selon le message, tout comme sa guitare, compagne de scène, qu’elle peut transformer en boite de percussions. Tout n’est pas dit, mais… ! 

C’est à l’Atypik théâtre, les jours impairs, jusqu’au 27 juillet, à 19h25. 

Gisèle Bihan,
Radio Albatros 2019.   

Nina Lisa : Yes, they can !

Pour évoquer la vie de Nina Simone, un dialogue va s’établir entre elle et sa fille Lisa, jouée et chantée par une Dyna éblouissante. Cette dernière ouvre une malle pour en extraire des souvenirs : vinyls, livres, une autobiographie et “I am not your negro” de James Baldwin. Nina, elle, est incarnée et vocalisée par une Isnelle Da Silveira majuscule qui refuse d’appeler “jazz” sa musique, un mot utilisé par les blancs pour identifier les noirs. Née en 1933 en Caroline du nord d’une mère révérende pasteur méthodiste, elle découvre le piano et Bach : c’est décidé, plus tard elle sera pianiste classique. Pour l’Amérique d’alors, si “Tu es noir, tu joues jazz ou blues”, et même, pour vivre, il faut aussi chanter. Nina Simon le fera par obligation, le succès arrivant presque malgré elle, comme une revanche. Au pays des libertés, les noirs sont toujours considérés comme des citoyens de seconde zone : Ku Klux Klan, ségrégation, assassinats impunis. “Fatiguée d’être abusée” (racisme, contrats léonins, mari violent, pressurage au travail), elle rejoindra le mouvement pour les droits civiques avec Martin Luther King, fût-ce au détriment de sa carrière et de sa vie de famille. Car pour Lisa, les tournées, les prises de position de sa mère signifient absence. Cela donnera entre elles des échanges, parfois doux comme des baisers ou des friandises de tendresse (“Tu es mon instant d’éternité”, “Être noir, c’est un honneur”), mais aussi des reproches acerbes, amers comme la misère des exclus (“Tu as sacrifié une vie normale pour l’amour de ton peuple”). Du grand art, et par-delà nos deux comédiennes époustouflantes, toute l’équipe des Théâtres d’Outre-Mer. Du haut vol : au piano, Charles Loos signe un accompagnement jazzistique magistral, Thomas Prédour une mise en scène rigoureuse et pleine de trouvailles (décor épuré, ombres chinoises, danses, images d’archives), et François Ebouele un texte racontant nos héroïnes telles qu’elles sont et non comme elles devraient être. Combat pour la dignité (“La liberté, c’est de ne pas avoir peur”) digne d’une programmation au Volcan ou au THV du Havre, tous les jours au Magasin à 21 h 30.

Didier Blons,
Radio Albatros, Avignon 2019.